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Guide

Exécution d'un marché public : droits, obligations et bonnes pratiques

Mars 2026 14 min de lecture

L'exécution d'un marché public commence à la notification, pas à la signature. Elle vous engage sur les délais et la qualité, et engage l'acheteur sur un paiement à trente jours. Toute modification passe par un avenant écrit : un ordre de service seul ne couvre pas un surcoût. Face à un aléa imprévisible, l'imprévision et la force majeure ouvrent des droits, mais à des conditions strictes.

Remporter un marché public n'est que le début. L'exécution du contrat est une phase critique où le titulaire doit respecter des obligations strictes, tout en faisant valoir ses droits. Avenants, sous-traitance, imprévision : ce guide couvre tout ce que vous devez savoir pour exécuter sereinement un marché public.

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Quand commence l'exécution d'un marché public ?

L'exécution d'un marché public commence à la notification du marché au titulaire. Cette notification est l'acte par lequel l'acheteur public informe l'entreprise attributaire que son offre a ete retenue. Elle marque le point de départ des obligations contractuelles reciproques.

La notification du marché

La notification est effectuée par l'acheteur, généralement par voie électronique via le profil d'acheteur. Elle comprend :

  • L'acte d'engagement signe par les deux parties
  • Le CCAP et le CCTP du marché
  • Le bordereau de prix (BPU, DPGF)
  • Tous les documents contractuels listes dans l'acte d'engagement

La date de notification est essentielle : c'est elle qui déclenche le délai d'exécution prévoit au marché, sauf si un ordre de service (OS) fixe une date de démarrage différente.

L'ordre de service de démarrage

Dans les marchés de travaux, l'exécution ne démarre généralement pas à la notification mais à la réception de l'ordre de service (OS) de démarrage. Cet OS est un document écrit émis par le maître d'œuvre ou l'acheteur qui ordonne au titulaire de commencer les prestations.

Bon à savoir

Si l'OS de démarrage tarde, le titulaire peut mettre en demeure l'acheteur. Un retard excessif peut justifier une indemnisation ou, dans les cas extremes, la résiliation du marché aux torts de l'acheteur.

Le délai d'exécution

Le délai d'exécution est fixe dans le CCAP ou l'acte d'engagement. Il peut être exprime en jours calendaires ou en jours ouvres. La distinction est importante :

  • Jours calendaires : tous les jours du calendrier, y compris week-ends et jours fériés
  • Jours ouvres : du lundi au vendredi, hors jours fériés

Le délai court à compter de la date fixée par l'OS de démarrage ou, à défaut, de la notification. Les prolongations de délai sont possibles dans les cas prévus au CCAG (intempéries, modifications du marché, etc.).

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Les obligations du titulaire

Le titulaire d'un marché public est soumis à des obligations contractuelles strictes, définies par le CCAG applicable, le CCAP et le CCTP. Le non-respect de ces obligations peut entraîner des pénalités, voire la résiliation du marché.

L'obligation d'exécuter personnellement

Le titulaire doit exécuter le marché avec ses propres moyens, sauf sous-traitance déclarée et acceptée. Il ne peut pas céder le marché à un tiers sans l'accord de l'acheteur. Il reste responsable de l'ensemble des prestations, y compris celles confiees à des sous-traitants.

Le respect du cahier des charges

Le titulaire doit réaliser les prestations conformément aux spécifications du CCTP. Toute modification technique doit être validée par l'acheteur ou le maître d'œuvre. Les matériaux, méthodes et délais doivent correspondre exactement à ce qui est prévu au marché.

Les obligations administratives

  • Fournir les attestations d'assurance à jour
  • Transmettre les attestations sociales et fiscales (tous les 6 mois pour les marchés de plus d'un an)
  • Respecter les obligations de déclaration de sous-traitance
  • Tenir à jour le journal de chantier (marchés de travaux)
  • Participer aux réunions de chantier et comptes rendus

L'obligation de conseil

Le titulaire a un devoir de conseil envers l'acheteur. S'il detecte une erreur dans le CCTP, une incompatibilite technique ou un risque, il doit en informer l'acheteur par écrit. Ce devoir est d'autant plus important que le titulaire est un professionnel spécialisé.

Attention

Ne pas signaler un problème technique que vous avez identifie peut engager votre responsabilité, même si le CCTP est en cause. Le devoir de conseil est une obligation de moyens qui s'impose à tout professionnel.

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Les obligations de l'acheteur

L'acheteur public n'est pas un simple donneur d'ordres : il a lui aussi des obligations contractuelles envers le titulaire. Leur non-respect peut donner lieu a indemnisation.

Payer dans les délais

L'obligation principale de l'acheteur est de payer le titulaire dans les délais prévus. Le délai global de paiement est de 30 jours pour l'État et les collectivités territoriales (50 jours pour les établissements publics de santé). Passe ce délai, des intérêts moratoires sont automatiquement dus.

Fournir les informations et accès nécessaires

L'acheteur doit mettre à disposition du titulaire :

  • Les plans, documents techniques et informations nécessaires à l'exécution
  • L'accès aux sites et locaux concernes par les prestations
  • Les autorisations administratives relevant de sa compétence
  • Les réponses aux demandes d'eclaircissement dans un délai raisonnable

Respecter le contrat

L'acheteur ne peut pas modifier unilateralement les conditions d'exécution au-delà de ce que permet le CCAG. Les modifications substantielles doivent faire l'objet d'un avenant negocie avec le titulaire. L'acheteur doit respecter le prix convenu et ne peut pas imposer des prestations supplémentaires sans compensation financière.

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Les avenants et modifications du marché

Un marché public n'est pas fige. Des modifications peuvent survenir en cours d'exécution. Le Code de la commande publique encadre strictement ces changements pour préserver l'équilibre contractuel et le respect de la concurrence.

Qu'est-ce qu'un avenant ?

Un avenant est un acte contractuel modifiant une ou plusieurs clauses du marché initial. Il est signe par les deux parties (acheteur et titulaire). Il peut porter sur :

  • Le prix ou le montant du marché
  • Les délais d'exécution
  • Les spécifications techniques
  • Les conditions d'exécution (planning, phasage)

Les limites des modifications

Le Code de la commande publique (articles R. 2194-1 et suivants) autorise les modifications sans nouvelle mise en concurrence dans certains cas :

  • Modifications prévues au contrat : clauses de reexamen, options, tranches
  • Prestations supplémentaires : si elles sont devenues nécessaires et que le changement de titulaire est impossible (plafond : 50% du montant initial par avenant)
  • Circonstances imprévues : événements qu'un acheteur diligent ne pouvait prévoir (plafond : 50%)
  • Modifications non substantielles : qui ne changent pas la nature globale du marché
  • Modifications de faible montant : inférieures a 10% du montant initial (fournitures/services) ou 15% (travaux)
Conseil pratique

Documentez systématiquement toute demande de modification par écrit. Un simple échange oral ne suffit pas. Adressez un courrier ou un courriel à l'acheteur en décrivant la modification demandée, ses raisons et son impact financier.

La procédure d'avenant

Un avenant se negocie entre le titulaire et l'acheteur. Il doit être approuve par l'organe deliberant competent (conseil municipal, conseil d'administration, etc.) avant signature. Le titulaire n'est pas tenu d'accepter un avenant qui ne le satisfait pas, mais il ne peut pas non plus arrêter les prestations unilateralement.

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Difficultes d'exécution : imprévision et force majeure

L'exécution d'un marché peut être perturbee par des événements exterieurs. Le droit des marchés publics prévoit des mecanismes pour protéger le titulaire dans ces situations.

La théorie de l'imprévision

L'imprévision s'applique lorsqu'un événement imprévisible, exterieur aux parties et temporaire, bouleverse l'équilibre économique du contrat. Le titulaire continue d'exécuter le marché mais peut obtenir une indemnisation partielle de son surcoat.

Conditions d'application :

  • L'événement doit être imprévisible au moment de la conclusion du contrat
  • Il doit être exterieur aux parties (pas de faute du titulaire)
  • Il doit entraîner un bouleversement de l'économie du contrat (pas un simple manque a gagner)
  • Le déséquilibre doit être temporaire

Exemples reconnus : flambee des prix des matières premières, crise sanitaire, conflit international affectant les approvisionnements.

La force majeure

La force majeure est un événement imprévisible, irresistible et exterieur qui rend l'exécution du marché totalement impossible. Contrairement à l'imprévision, la force majeure suspend ou eteint l'obligation d'exécuter.

Conséquences :

  • Suspension du délai d'exécution pendant la durée de l'événement
  • Exoneration des pénalités de retard
  • Si l'impossibilité est définitive : résiliation du marché sans faute

Les sujétions imprévues

En marché de travaux, les sujétions techniques imprévues (nature du sol différente, réseaux non repertories, découvertes archeologiques) donnent droit à une indemnisation integrale du surcoat. Le titulaire doit cependant signaler la sujétion des qu'il la découvre et ne pas poursuivre les travaux sans instruction de l'acheteur.

Attention

Ne confondez pas imprévision et force majeure. L'imprévision rend l'exécution plus onéreux mais pas impossible : vous devez continuer. La force majeure rend l'exécution impossible : vous êtes libere de votre obligation.

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La sous-traitance en cours d'exécution

La sous-traitance est un outil essentiel de l'exécution des marchés publics. Elle permet au titulaire de confier une partie des prestations à un tiers, tout en restant personnellement responsable de l'ensemble du marché.

Déclaration et acceptation

Toute sous-traitance doit être déclarée à l'acheteur et acceptée par lui. Cette obligation s'applique aussi bien au moment de la remise de l'offre qu'en cours d'exécution. Le titulaire doit présenter :

  • L'identité du sous-traitant (formulaire DC4)
  • La nature et le montant des prestations sous-traitees
  • Les conditions de paiement (paiement direct si > 600 euros TTC)

Le paiement direct

Lorsque le montant de la sous-traitance dépasse 600 euros TTC, le sous-traitant bénéficie du paiement direct par l'acheteur. Le titulaire n'est plus intermédiaire pour le paiement : le sous-traitant facture directement l'acheteur, après validation par le titulaire.

Les limites de la sous-traitance

  • Le titulaire ne peut pas sous-traiter la totalité du marché
  • La sous-traitance en cascade (un sous-traitant qui sous-traite) est autorisée mais doit être déclarée
  • Le sous-traitant doit remplir les mêmes conditions de capacité que le titulaire pour sa part de prestations
  • L'acheteur peut refuser un sous-traitant s'il ne remplit pas les conditions requises
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Conclusion

L'exécution d'un marché public est un exercice d'équilibre entre le respect strict des obligations contractuelles et la défense de vos droits. Une bonne connaissance du cadre juridique vous permet d'anticiper les difficultes, de négocier les avenants en position de force et de sécuriser votre trésorerie.

Les clés d'une exécution reussie :

  1. Lisez attentivement le CCAG applicable et le CCAP avant de démarrer
  2. Documentez tout par écrit (ordres de service, modifications, réserves)
  3. Déclarez vos sous-traitants sans attendre
  4. Signalez les difficultes des leur apparition
  5. Facturez dans les règles pour être paye dans les délais
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